Conversation avec le Dr Daniel Glaser, directeur de la Science Gallery London.

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"Je pense toujours que la science cherche des réponses et que l'art cherche des questions." - Marc Quinn

Dans le but de combler le fossé entre la science et l'art, le King's College de Londres est prêt à ouvrir Science Gallery LondonUn nouvel espace au cœur de la capitale, où "la science et l'art entrent en collision". La galerie fait partie du réseau mondial des galeries scientifiques et ouvrira ses portes au public en 2018. L'espace, dont la visite est gratuite, cherche à susciter la pensée créative et l'innovation, grâce à des collaborations non seulement entre scientifiques et artistes, mais aussi entre les communautés locales, les étudiants, les éducateurs, les jeunes chercheurs et des personnes comme vous et moi. La galerie accueillera des expositions, des événements, des expériences en direct et des discussions interactives, servant de canal par lequel les chercheurs de King's peuvent se connecter et s'engager avec le monde extérieur.

Daniel Glaser, directeur de la Science Gallery London.

Dr Daniel Glaser | Image : © Kate Anderson, avec l'aimable autorisation de la Science Gallery London

Le directeur de la Science Gallery London, le Dr Daniel Glaser, est un neuroscientifique et l'ancien chef de la section "Engaging Science" du Wellcome Trust. Il a également été le premier scientifique à faire partie du jury du Man Book Prize et le premier scientifique en résidence à l'Institute of Contemporary Arts de Londres. Je m'entretiens avec le Dr Glaser au téléphone au sujet de la vision de la Science Gallery et de la nécessité d'une collaboration interdisciplinaire.

RS : Comment est née l'idée de la Galerie des sciences ? Quel était le besoin d'un tel espace ?

DG : La Science Gallery a été créée à Dublin en 2008. Sa nécessité découle de la combinaison de deux choses. Elle est née de la progression d'un mouvement artistique qui associait la science et l'art - l'idée étant que ces deux disciplines ne devraient pas être séparées. Elle est également le résultat d'une longue progression de travaux financés par des personnes telles que le Wellcome Trust - où les produits artistiques aidaient les gens à se connecter à la science.

La deuxième motivation pour nous, à King's, est que l'université puisse se connecter à la ville. La galerie se trouve à l'angle du campus, dans une rue très fréquentée, et c'est donc un mécanisme ou un canal qui nous permet d'entrer en contact avec la ville.

Science Gallery London

Une représentation architecturale de la Science Gallery London | © LTS Architects, Courtesy Science Gallery London

RS : Pourquoi pensez-vous qu'il est important que les scientifiques et les artistes collaborent ?

DG : La bonne façon d'y réfléchir serait de penser au concept d'interdisciplinarité. Si nous voulons progresser dans la société, dans la science, dans l'art et dans la vie, nous devons faire en sorte que des personnes issues de milieux et de traditions différents s'engagent librement et interagissent les unes avec les autres. Nous avons des croyances différentes, des manières différentes de parler et d'agir, il existe des différences en matière de religion, de nationalité, de pratique scientifique, d'art, etc. Si une université doit prospérer, si la recherche doit prospérer et si les problèmes de la société doivent être résolus, alors nous devons disposer de ces espaces où des personnes aux perspectives différentes se rencontrent.

Nous ne parlons pas seulement de biologistes et de chimistes, mais aussi de nanotechnologues, d'ingénieurs et de designers. Dyson fabrique des produits d'ingénierie, (Sir) Jonathan Ive, le concepteur de l'iPhone, est une personne issue du monde du design qui travaille pour une entreprise technologique. Nous devons encourager ce type de collaboration.

RS : J'ai lu sur le site du KCL que la galerie cherche à atteindre les 15-25 ans et que vous les sollicitez pour des idées de nouvelles propositions. Pourquoi cette tranche d'âge en particulier ?

DG : Il y a donc deux raisons. Laissez-moi vous demander quel âge vous voulez avoir ?

RS : 22!

DG : Exactement, le mien est de 24 ans - c'est en fait l'âge médian. Les deux groupes - les jeunes et les plus âgés - à qui on a posé cette question ont choisi cette tranche d'âge. C'est aussi un groupe d'âge mal desservi. En général, les musées scientifiques s'adressent à un groupe d'âge beaucoup plus jeune, tandis que les expositions plus sérieuses impliquent des scientifiques qui participent à une discussion de groupe après laquelle nous partageons un verre de vin - ce groupe d'âge se situe entre les deux.

Pour notre première exposition sur les addictions, Hooked, avec laquelle nous ouvrons en 2018, nous avons demandé à cette tranche d'âge ce qu'elle pensait des addictions. Nous nous attendions à des réponses sur l'héroïne, l'injection de drogue et l'alcool. Mais pouvez-vous deviner de quoi ils ont parlé ?

RS : Des téléphones ?

DG : Exactement, les téléphones portables et les médias sociaux. Ainsi, lorsque nous ouvrirons, l'exposition ne portera pas seulement sur l'alcool et les drogues, mais aussi sur des choses auxquelles nous n'avions pas pensé en tant que thèmes évidents. Les jeunes apportent une nouvelle perspective.

RS : Si je ne fais pas partie de la tranche d'âge, puis-je quand même envoyer une proposition ?

DG : Absolument. En outre, nous souhaitons que 40% de notre public se situe dans la tranche d'âge des 15-25 ans, le reste se situant en dehors de cette tranche. Nous avons un système de propositions ouvert où tout le monde peut envoyer une proposition. Il n'est pas nécessaire d'appartenir à cette tranche d'âge.

Mais une fois que nous avons décidé d'un thème, la première chose que nous faisons est d'aller demander aux jeunes de 15 à 25 ans ce qu'ils en pensent.

RS : Quels sont vos critères de sélection des projets ?
Eh bien, la personne qui prend l'appel est quelqu'un qui a une expérience de conservateur, quelqu'un qui a des années d'expérience dans l'organisation d'expositions. Jusqu'à présent, le problème des galeries SciArt était que la décision était prise par un scientifique ou, pire encore, par un administrateur, mais ce n'est pas le cas ici. Bien sûr, le projet doit avoir l'excellence artistique et doivent être passionnants et attrayants pour un jeune public.

Nous ne nous contentons pas d'exposer les œuvres reçues dans le cadre des appels ouverts, mais nous présentons également d'autres projets, en complément.

RS : Comment faire pour que quelqu'un qui n'est pas au Royaume-Uni s'engage dans cet espace ?

DG : N'importe qui, de n'importe quelle partie du monde, peut faire une proposition - nous avons commandé des projets à Taïwan, en Chine, en Italie - dans le monde entier. Bien que nous disions que le système de propositions est "ouvert", nous recevons généralement des propositions de personnes qui comprennent la science et l'art. Nous attendons également que les idées fassent appel à des groupes peu actifs.

RS : J'ai lu à propos de la projet spit crystal. Pensez-vous que les questions/conclusions qui ressortent de ce type de projets stimuleront la recherche et l'innovation au KCL et en dehors ?

DG : Je suis très heureux que vous parliez du cristal à cracher, car c'est l'un des projets les plus fascinants que nous ayons eu. Inés Cámara Leret, une jeune artiste d'une vingtaine d'années, nous a soumis cette proposition. À la galerie, elle a fini par rencontrer Brian Sutton, professeur principal de cristallographie aux rayons X, qui travaillait sous le même superviseur que Rosalind Franklin. Or, Inés fabriquait le cristal non seulement par crachat mais en y ajoutant de l'alun. Le professeur Brian Sutton a été tellement intrigué qu'il a maintenant un post-doc qui travaille avec lui sur la génération de cristaux de salive à partir de protéines présentes dans la salive.

Nous avons eu beaucoup d'exemples de ce genre, mais toutes les idées artistiques ne passent pas par la même interaction. Ce n'est pas quelque chose qui se fait automatiquement : il faut trouver des mentors expérimentés qui peuvent faire avancer l'idée. Ce que nous voulons, c'est que les projets soulèvent des questions qui nous permettent de regarder le monde qui nous entoure sous un angle différent.

RS : Comment la réaction aux expositions a-t-elle été jusqu'à présent ?

DG : Nous avons fait des pop up dans toute la ville. Je travaille dans ce domaine depuis une vingtaine d'années maintenant, et je peux dire que la réponse a été extrêmement positive. Des centaines, voire des milliers de personnes ont regardé des œuvres d'art et ont réfléchi à elles-mêmes et au monde qui les entoure d'une manière différente.
Nous avons également des étudiants médiateurs de KCL que nous payons pour interagir avec les visiteurs. Nous avons assisté à l'une de ces interactions ce week-end et il était absolument fascinant d'observer la conversation entre le public et les étudiants. De nombreuses questions en sont ressorties - et je pense que ces questions sont essentielles pour que nous puissions progresser.

Sang : l'exposition en cours à la Science Gallery de Londres

La Science Gallery London accueille une exposition et une série d'événements, Blood : Life Uncut , du 27.07.17 au 1.11.17, qui explore les diverses façons dont le sang peut captiver et rassembler les gens.

RS : Dans votre discours à l'EHD2017, vous avez mentionné que l'interdisciplinarité est une question d'ignorance. Pensez-vous qu'un lieu comme la Science Gallery London contribue à éliminer cette ignorance et à rendre la recherche plus inclusive ?

DG : Eh bien, je ne pense pas que nous devrions supprimer l'ignorance. Par ignorance, j'entends les disciplines dans lesquelles nous sommes spécialisés - nous pensons et parlons tous d'une certaine manière, nous interagissons avec d'autres personnes qui pensent comme nous. La discipline fait référence à l'expertise ou aux connaissances dans un domaine particulier. C'est également inhomogène - ce n'est pas la même chose partout. Je ne pense donc pas que nous devions supprimer cette ignorance, mais nous devrions être autorisés à poser des questions.

Souvent, les questions stupides sont les meilleures. En anglais, nous le disons même pour nous défendre - "Ah, c'est probablement une question stupide" - mais ces questions sont celles qui sont essentielles pour nous permettre de progresser. L'ignorance est une nouvelle source d'énergie sur laquelle nous pouvons capitaliser.

RS : Pensez-vous que l'avenir de la science passe par la collaboration ? Je pose cette question d'autant plus que je travaille pour une organisation qui encourage la collaboration interdisciplinaire.

DG : Oui, mais je ne pense pas que la majorité des articles devraient porter sur ce sujet. Lorsque j'ai commencé à faire un doctorat en neurosciences, il n'y avait pas de professeurs étudiant les neurosciences, le terme n'existait pas vraiment. Les disciplines évoluent avec le temps, et toutes les collaborations ne sont pas fructueuses. Toutes ne survivent pas.

Ce qui me semble important, c'est de s'engager périodiquement hors de sa zone de confort. Si vous êtes un chercheur, vous passez la plupart de votre temps dans le laboratoire, à parler à des gens qui pensent comme vous. Lorsque vous sortez de cette zone, vous commencez à progresser. Nous sommes tellement à l'aise dans notre espace que je pense qu'il est important d'explorer le monde extérieur et de s'y engager.

RS : Y a-t-il un message que vous aimeriez partager avec les jeunes chercheurs et artistes ?

DG : Bien. Je dirais, soyez courageux et respectueux, qui sont aussi les valeurs de la Galerie des sciences. Cherchez des moyens de vous rapprocher des autres et participez. Et surtout, n'ayez jamais peur de vous surprendre et de surprendre les autres.
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En savoir plus sur les événements en cours à la Science Gallery London ici.


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À propos de l'auteur

Ramya Sriram gère le contenu numérique et la communication chez Kolabtree (kolabtree.com), la plus grande plateforme de freelancing pour scientifiques au monde. Elle a plus de dix ans d'expérience dans l'édition, la publicité et la création de contenu numérique.

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